Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /

 

 

Retour Page 1 - HAITIJUSTICE - IL FAUT JUGER DUVALIER


EXTRAITS DES ARCHIVES

DU COMITÉ

DES ARCHIVES A CONSULTER

Des textes à lire pour vraiment comprendre les luttes de notre Comité. Et ce ne sont que quelques documents!

 


- Conférence de presse du 18/12/1998
-Texte FONDATEUR du Comité
-Lettre ouverte aux autorités françaises
-Un article de M. Abellard du journal "LE MONDE"
-J.C. Duvalier coupable de grivèlerie

Paris le 18 Décembre 1998
Conférence de Presse du 18/12/
Espace LOUISE MICHEL
CONFERENCE DE PRESSE DU
"COMITE POUR JUGER DUVALIER"
Intervention de Gérald BLONCOURT-
-
Mesdames, Messieurs,-

C'est une lourde responsabilité qui m'échoit ce soir. Ce n'est pas de gaîté de coeur que je viens devant vous pour mettre en cause un homme qui fut dictateur de mon malheureux pays, le plus pauvre du continent américain, l'un des quatre pays les plus misérables du monde. Trop de souvenirs durant ces plus de quarante années de luttes incessantes pèsent dans ma mémoire. Trop de voix de mes camarades, tombés pour redonner à notre pays liberté, espoir et dignité, hantent mes souvenirs. Trop de témoignages accablants se sont entassés jusqu'au plus profond de mon être pour qu'à cet instant , même la satisfaction d'avoir abouti à poser enfin devant l'humanité toute entière l'accusation d'un régime qui ne s'est appuyé que sur la terreur et le crime, vienne me réjouir. Ces instants sont pour moi pathétiques et graves. Il s'agit de dénoncer des "Crimes contre l'Humanité", il s'agit de parler du massacre de dizaines de milliers de personnes, il s'agit de dire les tortures, les viles liquidations d'êtres qui, pour nombre d'entre eux , ont eu le tort de vouloir la démocratie pour notre pays. Je sais que je vais avoir à me servir de mots. Je sais qu'il est de mon devoir de tenter de traduire ce que l'immense majorité des habitants de ma terre natale, encore bâillonnée, attend d'entendre prononcer, attend d'attendre réclamer afin que justice soit faite. J'espère être à la hauteur de cette tâche. J'espère que vous comprendrez l'émotion qui m'étreint ce soir. J'espère que les petits enfants des bidonvilles de Port-au-Prince sauront un jour que nous avons fait ici, ce soir, notre devoir.

Haïti, terre de la première révolution victorieuse des esclaves et des affranchis, Haïti, creuset culturel où se sont brassés, Taïnos, Caraïbes, Espagnols, pirates et flibustiers français, canonniers anglais et plus de trente ethnies venues d'Afrique et déportées dans l'enfer de l'esclavage, ne s'est pas encore remise du désastre d'une des dictatures les plus sanglantes, les plus guignolesques aussi, établie aux vues et aux sus de l'Occident Démocratique et maintenue avec sa complicité et son acceptation.

En 1986, les mains nues, le peuple haïtien a "déchouké" celui qui durant quinze ans avait succédé à son père. La France, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada, ont protégé sa personne et l'ont convoyé vers l' Europe. Tous les pays ont refusé de recevoir ce personnage dont on connaissait le régime corrompu qu'il avait assumé pleinement en tant que "Président à vie", et que la plupart des médias internationaux, la plupart des grandes organisations, comme par exemple Amnesty International, les résistants haïtiens patriotes et démocrates, l'ONU même, avaient tant de fois dénoncé. Mais seule la France a accepté de l'héberger pour "huit jours" disait à l'époque le premier Ministre. Cela fait douze ans!!! Seule la France!!!... Et cela fait mal à la conscience du Monde. Cela fait mal au coeur de tous les hommes, de toutes les femmes qui ont toujours considéré en elle, la patrie des Droits de l'Homme.

Heureusement que des milliers de Francaises et de Français se sont en contre-partie montrés solidaires du peuple haïtien en participant à des manifestations ou en s'exprimant par des pétitions.

Les grandes puissances, citées plus avant, agissant de concert pour leurs propres intérêts politiques, militaires et stratégiques, dans la région des Caraïbes, par crainte que cette révolution ne se radicalise, ont remplacé Duvalier par les Duvaliéristes eux-mêmes. Son chef d'Etat-Major, le général Namphy lui a succédé.

Depuis l'arrivé de ce dictateur sur le territoire français nous n'avons cessé de réclamer qu'il soit traduit devant la justice. Il a fallu l'affaire Pinochet pour qu'enfin on nous entende.

Dès 1986, dès son arrivée en France, nous avons tenté de nous associer à une démarche qui visait à poursuivre Monsieur Duvalier en justice pour récupérer son immense fortune, estimée à l'époque par certains médias et des gouvernants haïtiens eux-mêmes, à plus de 800 millions de dollars. Nous avons purement et simplement été éliminés de cette entreprise et le procès n'a jamais abouti.

A ce propos savez-vous ce que représente une somme aussi considérable? Je le disais lors de la grève de la faim de patriotes haïtiens en l'église de St-Mérri, en 1981, lors d'une conférence de Presse : "à raison de 5.OOO nouveaux francs par jour, soit un demi millions de centimes, je dis bien "par jour" !!!... il lui aurait fallu commencer à dépenser sa fortune avant la naissance du Christ et encore, je ne compte pas les intérêts produits. "

Aujourd'hui on le dit ruiné. Beaucoup d'éléments nous donnent à penser que c'est sans doute vrai quand à la masse de ce capital. Nous avons quelques idées pour tenter de comprendre comment ce pactole a fondu. Des rumeurs laissaient croire que Jean Claude Duvalier était "clochardisé". Son avocat lui-même l'a démenti. Et chacun d'entre nous sait ce soir qu'il dispose de voiture pour faire quérir tel journaliste et lui accorder une interview. Chacun sait qu'il a été aperçu il y a peu de temps dans tel grand restaurant etc... Et tout le monde sait aussi qu'il a les moyens de sa fuite et la complicité de ceux qui l'aident à se cacher.

Mais laissons ces détails de côté. Nous avons collecté les noms de plusieurs victimes qui ont été arrêtées durant son règne. Deux d'entre elles ont été incarcérées à Fort-Dimanche, qualifié par la presse internationale de Mattahausen d'Haïti. Ces victimes vivent en France et répondent aux exigences de la jurisprudence établie lors de la mise en accusation de Pinochet. Pour des raisons de sécurité évidentes, nous taisons l'identité de ces victimes jusqu'au dépôt de plaintes .Nous donnerons par contre, la parole, dans un instant, à une autre victime qui a tenu à affirmer, dès ce soir, sa volonté de parler de son cas.

Nous n'avons pas à nous faire les justiciers dans cette affaire. Cest à la Justice de faire son travail. Notre avocat est Maître Basile ADER du Barreau de Paris. Nous avons confiance en lui. Il est chargé de nous représenter et de nous conseiller. Notre Comité recense actuellement d'autres victimes et par l'intermédiaire de notre avocat elles vont déposer des plaintes du chef de sévices , tortures etc.

Un groupe de mes amis travaille actuellement à dépouiller et mettre en ordre un énorme dossier qui nous permettra prochainement de fournir des listes considérables et impressionantes de noms de victimes, assassinées, emprisonnées, torturées, disparues, sous la dictature de Duvalier fils qui seront fournies à notre avocat.

Nous sommes convaincus, pour avoir participé au combat du peuple haïtien pour se libérer de cette dictature, qu'il y a eu trop de morts et de victimes pour que nous n'en soyons pas solidaires. Ces luttes ont été les nôtres. Je veux évoquer, pour conclure, comme je l'ai fait dans chacune de mes interventions , le souvenir de l'immense et talentueux écrivain Jacques Stéphen Alexis, massacré avec 4 de ses compagnons dans le Nord-Ouest d'Haïti, par les macoutes de Duvalier père, et dont les corps n'ont jamais été retrouvés. Ils sont toujours portés disparus. Jacques et moi fûmes frères de lutte et d'espérance. J'ai juré, qu'en toutes circonstances, je ferai revivre son souvenir!... que je rappellerai en même temps ceux, connus et inconnus, qui sont morts, vilement torturés, vilement liquidés par ces bourreaux et autres sicaires à la solde de ce régime honni.

Je veux encore évoquer celui que nous avions surnommé "l'Homme à la montre" qui à deux reprises a connu les geôles de Fort-Dimanche, et sous Duvalier Père et sous Duvalier fils! Je veux citer son ex-femme portée disparue, qui a ressurgi de cet enfer dix ans après! C'était encore sous le règne de Bébé Doc.

Non, vos noms ne seront pas tombés dans l'oubli. Ni les vôtres, ni ceux des victimes qui ont jalonné l'histoire des quarante dernières années de notre pays. Gloire à vous, amis, camarades, compagnons! Je suis ici, ce soir, pour vous et pour tout notre peuple d'Haïti.

Gérald BLONCOURT
.

TEXTE FONDATEUR

APPEL DU COMITÉ
POUR JUGER DUVALIER


Cinquantenaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, reconnaissance générale que les crimes contre l'Humanité sont imprescriptibles, affaire Pinochet, tout attire l'attention sur les dictateurs existants ou survivants.

En France même, n'y a-t-il pas depuis plus de douze ans, un autre coupable de crimes contre l'Humanité jouissant d'une sorte de "droit d'asile" : Jean-Claude Duvalier, dictateur d'Haïti pendanr 15 ans? Héritier du "Président à vie" François Duvalier.

Ne serait-il pas juste que lui aussi soit enfin jugé?

Un appel a été lancé le 28 novembre lors d'une assemblée convoquée par les associations "Pour Haïti" et "La Maison d'Haïti", au 94 rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, pour que Jean-Claude Duvalier réponde enfin de ses crimes contre l'Humanité.

Il a été aussitôt approuvé par l'assemblée.

C'est sur cette base que s'est constitué un Comité pour la mise en jugement de Jean-Claude Duvalier, composé de : Jean Pierre Faye, Directeur de recherche au CNRS et fondateur de l'Université Européenne de la Recherche
Yves Benot, historien
Florence Gauthier, historienne et professeur d'histoire à l'Université Paris VII
Gérald Bloncourt, écrivain, peintre, poète, journaliste, exilé d'Haïti

Le comité se propose de convoquer une conférence de presse dans les prochains jours pour communiquer des informations et alerter l'opinion. Il juge que c'est d'autant plus nécessaire que les risques de tentations autoritaires peuvent encore ressurgir en Haïti, sous d'autres formes. Paris- Mardi 8 Décembre 1998

SIGNATURES:
MEMBRES DU COMITE
POUR JUGER DUVALIER
au 10/1/99

MEMBRES DU CA:
1- Monsieur Gérald BLONCOURT (Journaliste)
2- Pasteur Jean Marc NUMA (Journaliste)
3- Monsieur Ilofils ALEMY (Economiste)
4- Madame Florence GAUTHIER (Historienne-Maître de Conférences)
5- Révérend Père René SOLER (Spiritain et Producteur-réalisateur)
6- Madame Isabelle REPITON (Journaliste)
7- Monsieur Léon AUGUSTE (Universitaire-Historien)
8- Mademoiselle Saïda ADJED (Commerciale)
9- Madame Claude MANGIN (Professeur)

MEMBRES DU BUREAU: Président et Porte-parole: Gérald BLONCOURT
Président-adjoint: Marc NUMA
Secrétaire: Ilofils ALEMY
Trésorière: Florece GAUTHIER
Relations Franco-Haïtiennes: René SOLER
suivent les membres du Comité dont l'essentiel de la liste se retrouve page 21

***************************


Paris le 8 avril 1999
A la suite d'un courrier du Ministre de l'Intérieur, Monsieur Chevènement, au Député Maxime Gremetz, que nous publions ci-dessous, le COMITÉ POUR JUGER DUVALIER, estimant qu'il s'agit d'une affaire importante et grave en regard de la conscience mondiale puisqu'il s'agit d'un ex-dictateur, fait savoir à l'opinion publique française et internationale les questions qu'il lui semble devoir poser, pour enfin connaître la position des autorités françaises qui sont restées jusqu'à présent quasi silencieuses ou alors qui se sont contentées de rares déclarations évasives.
LE MINISTÈRE
CAB/QP/JPC/CE/N°54
Paris, le 25 Jan 1999

Monsieur le Député,

Par lettre du 25 décembre 1998, vous appelez mon attention sur la situation de M. Jean-Claude DUVALIER.

A ma connaissance, l'intéressé, présent sur le territoire français depuis le 14 février 1986 s'est vu notifier un arrêté d'expulsion assorti d'une assignation à résidence. L'arrêté d'expulsion a été annulé par jugement du Tribunal Administratif de Grenoble en date du 8 avril 1987, ce qui a amené mon prédécesseur à abroger l'assignation à résidence le 15 mai 1987. Par ailleurs, le statut de réfugié qu'il a sollicité, lui a été refusé.

Bien entendu, s'il fait l'objet d'un contrôle sur le territoire français et qu'il ne possède pas de titre de séjour, il est susceptible de voir engager à son encontre une procédure de reconduite à la frontière, comme tout étranger en situation irrégulière et dans les mêmes conditions.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Député, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Jean-Pierre CHEVENEMENT

à Monsieur Maxime GREMETZ
PARIS Député de la Somme
ASSEMBLÉE NATIONALE
Palais Bourbon

*******************************

QUESTIONS à:

Monsieur le Président de la Répulique Française,
Monsieur Jacques CHIRAC,
Monsieur le Ministre de l'Intérieur,
Monsieur CHEVENEMENT,
au Premier Ministre, Monsieur Jospin
et aux memebres du Gouvernement Français
1- Comment se fait-il que le Tribunal Administratif de Grenoble ait annulé l'arrêté d'expulsion ? En vertu de quoi ?

2- Comment se fait-il et pour quelles raisons le prédécesseur de M. Chevènement a-t-il abrogé l'assignation à résidence ? Comment M. Chevènement accepte-t-il aussi simplement un tel état de fait ? Comment ne s'est-il jamais inquiété du cas Duvalier depuis qu'il est Ministre de l'Intérieur ? Heureusement encore que le statut de réfugié lui a été refusé.

3- Comment sont menées les enquêtes de la police française s'occupant de la surveillance du territoire si elles s'avèrent incapables de situer le lieu de résidence de M. Duvalier ? Y a-t-il eu seulement une quelconque recherche ? Pourtant plusieurs journalistes l'ont rencontré et on sait que l'ex-dictateur déjeune au restaurant avec ses partisans, dans la banlieue parisienne; qu'il tient des réunions avec ses sbires pour leur donner des directives afin qu'ils se répandent dans la communauté haïtienne de la région parisienne pour tenter de discréditer notre Comité.

4 - Comment est-il possible qu'un Ministre de l'Intérieur ne sache pas si Monsieur Duvalier, (alors que le monde entier est au courant qu'il a été renversé par un soulèvement populaire, et qu'il demeure en France), possède ou non un titre de séjour? Nous voulons bien que M. Chevènement ne soit pas au courant de la situation de tous les sans papiers, mais tout de même il s'agit d'un ex-dictateur dont le régime a été dénoncé par la presse internationale, par de nombreuses organisations telle Amesty-International, comme ayant été dirigeant d'un pays ou étaient en permanence violés les droits humains, ou des assassinats étaient régulièrement commis en violation de toutes règles démocratiques. Que font les services dépendant du Ministre de l'Intérieur s'ils ne sont pas capables de l'informer alors qu'il a à répondre aux questions d'un Député ? Comment est-il possible que le Ministre ne prenne pas lui-même l'initiative d'interroger ses services et d'exiger d'eux des renseignements précis ?

5- N'est-il pas pensable que si les déclarations du Ministre de l'Intérieur sont un jour prises à la lettre à la suite d'un contrôle policier, que M. Duvalier soit purement et simplement reconduit à la frontière, échappant ainsi à la Justice, n'ayant de cette façon plus à répondre des accusations qui pèsent contre lui de "crimes contre l'humanité" par ailleurs imprescriptibles? Malgré les ambiguïtés du gouvernement que nous dénonçons dans les points 1, 2 et 3 et 4 la position du Comité est d'exiger que J.C. Duvalier présent en France et ayant jusqu'à présent bénéficié d'intolérables soutiens, soit jugé sur place et selon les lois françaises notamment selon la Convention de Nuremberg de 1945, et d'autres conventions internationales contre les "crimes contre l'humanité" dont la France est signataire.

6- M. Duvalier, déjà poursuivi pour grivèlerie par un hôtelier de Grasse (lequel a déclaré à la Presse avoir reçu des menaces de services policiers français), poursuivi également par M.Jacques SAMYN qui l'a cité à comparaître le jeudi 11 mars 1999 , fait fi des convocations devant les tribunaux français. De quel soutien, ou même de quelles complicités bénéficie-t-il ?

7- En 1987, un journaliste du journal le Monde auteur des "Carnets de Madame Duvalier" qui a énormément contribué à la chute de la dictature haïtienne, avait confié : "Duvalier a des prête-noms dont certains sont propriétaires d'appartements luxueux dans les beaux quartiers de Paris" . D'autres ont-ils poursuivi son enquête? Ces "prête-noms" sont-ils ces complices qui aident aujourd'hui Duvalier et influent pour l'aider non seulement à se jouer des autorités, mais encore à bénéficier de cette sorte d'impunité?



*****************************

Nous livrons ce communiqué, en fait "lettre ouverte", à la Presse. Nous souhaitons provoquer ainsi la réaction des autorités françaises afin d'obtenir des réponses claires, car jusqu'à présent (depuis le mois de novembre) nous n'avons jamais été contactés par elles, malgré une campagne très médiatisée.(Là encore Monsieur le Ministre de l'Intérieur a-t-il été tenu au courant ?) Nous signalons également à l'opinion publique que depuis la mise en route des actions de notre Comité, nous n'avons eu de rapports qu'avec les services de la Préfecture de Police, à trois ou quatre reprises, qui désiraient savoir nos intentions lors de notre meeting place de la Bastille avec la Coordination latino-americaine, et lors de notre Assemblée Générale prouvant ainsi que nous étions connus et reconnus par ces services. Nous sommes d'ailleurs une Association déclarée mentionnée au Journal Officiel.Jamais aucun membre du gouvernement, aucun organisme dépendant du pouvoir (en dehors des services de police) n'a daigné nous donner signe de vie. C'est comme si nous n'existions pas. Est-ce parce que nous dérangeons ? Ce qui expliquerait qu'on préfère nous laisser dans l'ombre en espérant que nous nous lasserons et que notre mouvement s'épuisera. Certains de nos membres mènent la lutte depuis plus d'un demi-siècle contre les dictatures haïtiennes qui se sont succédés, ce qui prouve notre obstination et notre volonté de lutter sans relâches contre ces assassins. Cela laisse prévoir que nous mèneront cette lutte encore longtemps et que nous serons de plus en plus nombreux pour réclamer que Duvalier soit jugé et que justice soit rendue au peuple haïtien. Ce message sera diffusé sur notre site internet et à tous nos correspondants dans le monde entier. Que ceux qui veulent nous soutenir se fassent connaître. Nous tenons tous les premier et troisième vendredi du mois, avec nos amis de la Coordination latino-americaine (qui regroupe de nombreuses arganisations qui luttent contre les dictateurs et les ex-dictateurs de l'Amérique du sud) un "sitting" devant l'Opéra-Bastille à partir de 2O heures. Rejoignez-nous!

Pour le COMITÉ:
Président et Porte-parole: Gérald BLONCOURT
Président-adjoint: Jean-Marc NUMA
Secrétaire: Ilofils ALEMY
Trésorière: Florence GAUTHIER
Relations Franco-Haïtiennes: René SOLER
Responsable dossier victimes: Adrienne GILBERT
Conseiller (historien): Jean-Léon AUGUSTE
Conseiller (philosophe): Joseph SAINT-FLEUR
*************************



C'EST UN SANS-PAPIERS Il fait partie des 143 000 étrangers qui ont déposé une demande de régularisation, depuis juin 1997. Il a confié son dossier à la préfecture des Hauts-de-Seine, au début de cette année. Il est arrivé en France, le 7 février 1986, dans un avion de l'US Air Force, avec sa femme Michèle et ses deux enfants.

Jean-Claude Duvalier, ex-président d'Haïti (1971-1986), a été accueilli, ce soir-là vers 21 h 15, sur le tarmac de l'aéroport de Grenoble, par le préfet de l'Isère de l'époque, Jean Mingasson. Il faisait très froid, alors que le représentant de la République s'occupait des formalités et signait lui-même les documents administratifs autorisant le singulier voyageur et sa suite à séjourner sur le territoire français.

Les autorités de l'époque ont répété à l'envi que le dictateur déchu, chassé d'Haïti sous la pression de la rue, ne bénéficiait pas d'un asile en France et que son séjour n'était qu'un transit de quelques jours " vers une destination encore inconnue ". Si le droit d'asile et le statut de réfugié politique lui ont été refusés en 1987, le ministre de l'intérieur, Pierre Joxe, ne parvenait pas en avril de la même année. à obtenir "son expulsion en urgence". Le Tribunal administratif de Grenoble avait débouté le ministre de sa demande; il l'obligeait même à lever l'assignation à résidence dont Baby Doc faisait l'objet.
Après cet épisode juridique, l'ancien dictateur a coulé des jours tranquilles entre palaces et villas somptueux, d'abord dans le sud de la France et ensuite dans la région parisienne. Il s'est astreint pendant toutes ces années à une relative discrétion. Les vrais ennuis ont surgi en décembre dernier, avec la constitution à Paris d'un "Comité pour juger Duvalier." Deux mois après l'arrestation à Londres de l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, des Haïtiens réfugiés à Paris se fixaient pour but d'engager des poursuites contre l'ancien président à vie.

************************



En l'état actuel de la jurisprudence, les quatre plaintes pour " crimes contre l'humanité" déposées, le 10 septembre, contre Jean-Claude Duvalier, ont peu de chance d'aboutir. En revanche, sa situation irrégulière en France est devenue une menace qu'il a souhaité écarter au plus vite. Dans une réponse écrite au député communiste Maxime Gremetz, le ministre de l'intérieur, Jean-Pierre Chevènement, indiquait que si Jean-Claude Duvalier "fait l'objet d'un contrôle sur le territoire français et qu'il ne possède pas de titre de séjour, il est susceptible de voir engager à son encontre une procédure de reconduite à la frontière".

Au ministère de l'intérieur, on se passerait volontiers de ce dossier encombrant. Juridiquement, selon les critères de la loi du 11 mai 1998, la demande de Jean-Claude Duvalier est fondée et les services du ministère en sont encore à chercher la faille. "Il n'y a pas eu de rejet de la demande, le préfet a simplement demandé des précisions", assure Me Sauveur Vaïsse, le conseil de Jean-Claude Duvalier. Son client peut, en effet, justifier plus de dix ans de présence continue en France; ses deux enfants vivent à Paris; il détient un permis de conduire délivré par une préfecture française; il a payé des impôts régulièrement jusqu' en 1992; il s'est acquitté de taxes d'habitation. Et si aujourd'hui "il est impécunieux", selon l'un de ses proches, il n'en a pas moins reçu des courriers de l'administration fiscale, pour les années 1996 et 1997.

Dans le cas d'un refus, la bataille juridique promet d'être homérique.
Alain Abellard (Journaliste, "LE MONDE")
**************************

Cet article démontre que des membres du gouvernement français et des autorités de certains services français sont pris en flagrants délit de mensonge lorsqu'ils affirmaient, il y a peu de temps encore, aux journalistes, qu'ils avaient perdu la trace de Duvalier et qu'ils ignoraient tout de son lieu de résidence. Comment cela est-il possible, puisqu'il s'agit d'un "contribuable" comme les autres, avec permis de conduire, et de surcroît, déposant une demande de régularisation de sa situation?

Pourquoi une telle attitude? Pourquoi cela est-il tellement embarrassant? Il y a des réponses. Nous faisons confiance à la Justice et aux médias pour nous les donner à notre place.

Aujourd'hui, nous apprenons que Jean Claude Duvalier est dans son droit lorsqu'il réclame des papiers en bonne et due forme! La loi le lui permet!!!!! Nous attendons impatiemment de savoir si les autorités françaises vont appliquer cette loi et fournir à ce dictateur déchu, chassé par son peuple, ex-président-à-vie d'un pays où ont été torturées et massacrées des centaines de victimes, s'étant enrichi par millions de dollars, des documents lui permettant d'aller et venir comme n'importe quel citoyen! Que penser de ces autres haïtiens, africains, turques, maghrébins, etc... qui se trouvent aujourd'hui en situation irrégulière, que la misère a poussé à chercher asile en France, et qui risquent eux, pour de bon, d'être expulsés? Nous en appelons à la conscience du Peuple de France, nous en appelons à tous les démocrates, à tous ceux et celles qui exigent le respect des Droits de l'Homme, et dénoncent ces "agissements dans l'ombre" de certains gouvernants de ce pays.

Nous posons la question également à Monsieur Fabius qui fut premier Ministre, lequel déclarait en 1986 que Duvalier n'était là que pour huit jours!!!! Nous posons la question à l'actuel Premier Ministre, M. Jospin, qui à cette époque, à la radio et même à la télévision, nous expliquait et tentait de justifier la décision du gouvernement français qui avait - disait-il- - voulu éviter un bain de sang, permettant ainsi l'accueil de ce dictateur sur le sol français!

Que sont devenue ces promesses embarrassées d'antan? Jean-Claude Duvalier est toujours là! Plus que jamais là! Assez de mensonges! Assez de manoeuvres souterraines!

Jean-Claude Duvalier doit être jugé! Nous réclamons justice pour notre peuple!

**************************

J.C. DUVALIER
coupable de grivèlerie !

 



M. Patrick BUDAIL, gérant de l'EDEN-BLEU, victime des escroqueries de J.C. Duvalier adhère à notre COMITE et nous fournit des preuves accablantes contre son "client".

Voici le texte de son message:

"Je vous communique l'historique et quelques pièces du dossier de Monsieur J.C. Duvalier: Monsieur Duvalier et sa mère sont arrivés dans notre établissement sous l'identité suivante: Madame et Monsieur VALERE .
etc...

 


COMMUNIQUE

 

COMITE POUR JUGER DUVALIER

COMMUNIQUE:

A propos des récents événements en Haïti:

TENTATIVES DE COUP D'ETAT
OU "PROVOCATION SAVAMMENT ORCHESTREE ?"

Il apparaît de plus en plus évident que les violences ciblées contre les organisations démocratiques (d'une telle ampleur et tellement bien orchestrées, en quelques heures, sur l'ensemble du territoire national) ne peuvent pas être considérées comme le fait d'une simple tentative de coup d'état initié par un petit groupe d'hommes ayant tenté de s'emparer du Palais national.
Il serait ridicule de penser qu'une poignée d'individus auraient pu avoir la prétention de se saisir du pouvoir avec des moyens aussi dérisoires. Tout donne à penser qu'ils ont été manipulés. Comment d'ailleurs leurs voitures auraient-elles pu pénétrer aussi facilement dans l'enceinte du bâtiment ? Où sont actuellement ces hommes ? D'après les dépêches, ils se seraient,à l'exception d'un seul, évaporés dans la nature.
L'appel au calme et les déclarations des membres du gouvernement, faites (sans aucune forme d'indignation authentique) contre les meurtres perpétrés et les actes de sauvagerie des incendiaires, apparaissent comme inscrits dans un scénario tentant à dégager la responsabilité des dirigeants haitiens.
On voudrait nous faire croire que les organisations démocratiques et leurs principaux dirigeants sont en fait les instigateurs de cette soi-disante tentative de coup d'état. Quelle est la responsabilité du chef de l'Etat, Jean Bertrand Aristide, qui a prôné dernièrement la théorie de la "TOLERANCE ZERO" aussitôt suivie de meurtres de militants d'organisations démocratiques, d'assassinats de journalistes tel Brignol LINDOR. Rappelons aussi le meurtre de Jean Dominique, dont ont sait qu'il a été commis par des hommes de mains gravitant autour du Pouvoir.
Si le gouvernement a pu avec autant de facilité maîtriser les "assaillants" du Palais national, comment n'a-t-il pas pu intervenir pour protéger tant de bâtiments odieusement saccagés et les habitations de nombreux responsables d'organisations démocratiques, reconnues comme telles sur le plan international?
Il ne faut pas oublier que depuis le triomphe en mai 2000 du parti d'Aristide, la Famille Lavalas, aux législatives et aux municipales, est en proie à l'instabilité politique. Les partis de la Convergence ont dénoncé les scrutins et de nombreux donateurs, dont les Etats-Unis et l'Union européenne ont gelé leur aide économique. Un ressentiment anti-Aristide commence également à naître au sein de son propre parti.
Il faut que le pouvoir "mal-élu" accepte d'accomplir les engagements qu'il a pris devant les instances internationales (entre autre de refaire des élections honnêtes) et qui non tenues, nous valent la suppression de l'aide des Etats-Unis et de l'Union Européenne.
Quelle belle occasion pour notre "Président", d'apparaître (à travers, ce que nous appellerons une "provocation" savamment orchestrée), comme celui qui tient bien tout en main et qui appelle mielleusement au calme et aux valeurs démocratiques.
Nous dénonçons avec fermeté ces manoeuvres qui ruinent la cause de la démocratie en Haiti. Nous appelons tous ceux et celles qui font leur, la cause des Droits de l'Homme, à faire échec à cette neo-dictature qui s'implante de plus en plus ouvertement dans le pays. Halte aux mensonges et aux déclarations onctueuses.
Pour le Comité: Gérald BLONCOURT (Président)-Jean-Marc NUMA (Président-adjoint), Alemy ILOFILS (Secrétaire).
Paris le 17 Novembre 2001

*****************************

 

Nous avons recu ce
message le 18/1201

Par sécurité pour notre correspondant,
nous lui conservons l'anonymat

Bonjour Gérald ,
Je viens de recevoir votre message, étant moi-même dans une situation m'obligeeant à me mettre à couvert.
Je vais être très brève.
En vue d'anéantir l'Opposition, particulièrement la Convergence, les gens au pouvoir ont monté de toute pièce un "coup d'état".
Comment comprenez-vous que 80 assaillants aient investi le Palais, qu'il y aurait "un mort", et les 79 autres se sont "volatilisés" dans la nature malgré une forte présence autour du palais de journalistes, des membres d'OP, de badauds, de policiers ?
Peut-on croire que les assaillants, arrivant je ne sais d'où dans des 12 pick-ups sans plaque d'immatriculation puissent franchir l'enceinte du Palais sans encombre ? D'après une dernière version, ils seraient arrivés par hélicoptère, en provenance de la République voisine.
Sans enquête, ils ont lancé un mot d'ordre de mettre le feu à tout ce qui touche la Convergence. Ont été détruits par les flammes, en présence de la police:
la maison de Gérard Pierre-Charles (OPL)
le CRESFED (c'est une ONG dirigée par Suzy Castor ép G. Pierre-Charles le local de l'OPL, utilisé pour la Convergence
le local du KONAKOM (CD)
le local du KID (CD)
la maison de Victor Benoit (KONAKOM)(CD)
le local de l'ALLAH (CD)
tout cela à Port-au-Prince

aux Gonaives:
la maison du pasteur Mesadieu (MOCHRENAH) et un agent de sécurité tué la maison du pasteur Dieudonné (MOCRENAH) (CD)

au Cap:
la maison de Milton Chery a été pillée et les meubles brulés (OPL)
des maisons d'autres membres de la Convergence ont été brulés.

à Petit-Goave:
les maisons de Deus Jean Francois, Adrien et Jean Jasmin, tous membres de la Convergence, ont été brulées

à Jérémie:
le local de la Confédération des Travailleurs haitiens (CTH) qui avait lancé un mot d'ordre de grève pour ce jeudi a été incendié, le responsable de la l'OPL maltraité

J'espère que ces quelques renseignements vous seront utiles.

J....

*************************

 

COMMUNIQUE

Liberté de la presse
17 décembre 2001
HAÏTI <:B>
Les partisans du gouvernement utilisent
la tentative de coup d'Etat pour attaquer la presse
Dans une lettre adressée au président Jean-Bertrand Aristide, Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé les agressions contre des médias et des journalistes par des partisans du gouvernement descendus dans la rue pour soutenir le pouvoir aux prises avec une tentative de coup d'Etat. "Le caractère systématique des agressions démontre que les manifestants avaient reçu des instructions pour s'en prendre à la presse", s'est inquiété Robert Ménard, secrétaire général de RSF. Rappelant le cas du journaliste assassiné Brignol Lindor, M. Ménard a dénoncé la "stratégie visant à assimiler la presse à l'opposition afin de légitimer les attaques à son encontre". RSF a demandé au Président de tout mettre en oeuvre pour garantir la sécurité des journalistes et permettre aux radios de reprendre normalement leurs émissions. L'organisation a également demander au chef de l'Etat de donner des consignes afin que ses partisans cessent de s'en prendre à la presse.
Brignol Lindor, de Radio Echo 2000 avait été assassiné le 3 décembre 2001 par des proches de Fanmi Lavalas, le parti du Président, après avoir donné la parole à des représentants de l'opposition. Selon l'Association des journalistes haïtiens (AJH), depuis le mois d'octobre, une trentaine de journalistes ont été menacés ou agressés par des partisans du gouvernement qui leur reproche leurs critiques à l'égard du pouvoir.
Selon des informations recueillies par RSF, dans la matinée du 17 décembre 2001, au moins une dizaine de journalistes, parmi lesquels Thony Bélizaire, photographe de l'Agence France presse, Patrick Moussignac, Gérin Alexandre, Jean-Elie Moléus, respectivement directeur et reporters de Radio Caraïbes FM, et Guyler Delva, président de l'Association des journalistes haïtiens (AJH), ont été pris à partie par des proches de Fanmi Lavalas venus soutenir le gouvernement aux prises avec une tentative de coup d'Etat. A l'appel de la présidence, plusieurs milliers de partisans de Jean-Bertrand Aristide, se sont rassemblés devant le palais présidentiel. Très excités, les manifestants, armés de machettes, de bâtons et de revolvers, ont obligé les journalistes à quitter les lieux sous la menace. Selon plusieurs observateurs, ils reprochent à la presse d'être trop critique à l'égard du pouvoir. Par ailleurs, deux véhicules appartenant à la chaîne de télévision Telemax et à Radio Métropole ont également été pris à partie aux abords du palais présidentiel.
Invoquant des menaces, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Radio Caraïbes FM et Radio Kiskéya, quatre stations privées de la capitale, ont cessé d'émettre pour des raisons de sécurité tandis que d'autres, telles que Radio Galaxie, Signal FM, et Radio Ibo, suspendaient la diffusion de leurs programmes d'information. Des manifestants ont attaqué les locaux de Radio Caraïbes, brisant les vitres de ses bureaux. Plusieurs journalistes ont été menacés par des partisans du pouvoir qui cherchaient avant tout à identifier pour quel média ils travaillaient. "Nous vous aurions abattu si vous êtiez un journaliste de Radio Caraïbes", ont ainsi déclaré des manifestants à Maxeau Exil, de l'agence en ligne Haïti Press Network, qu'ils menaçaient d'une arme. Roger Damas, de Radio Ibo, a été forcé de remettre sa carte de presse et son cellulaire par des manifestants qui ont assimilé Radio Ibo à l'opposition. Le journaliste est parvenu à prendre la fuite. Un rassemblement a également eu lieu devant la radio Signal FM. D'après Guyler Delva, craignant des représailles, plusieurs journalistes seraient restés chez eux. En province, au moins deux professionnels de l'information ont été agressés et la station Radio Maxima, qui émet au Cap Haïtien (Nord), a été obligé de suspendre ses émissions.
Les manifestants s'en sont également pris aux locaux de la Convergence démocratique, du Konakom et de la Kid, trois organisations de l'opposition.
A l'aube, des hommes armés avaient attaqué le palais présidentiel de Port-au-Prince. D'après l'AFP, les assaillants étaient dirigés par Guy Philippe, un ancien commissaire de police déjà accusé de complot à l'été 2000 et exilé par la suite en République dominicaine puis en Equateur. Selon la présidence, les forces de l'ordre ont repris le contrôle du palais dans la matinée, après avoir donné l'assaut.
Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c'est-à-dire le droit d'informer et d'être informé, conformément à l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Reporters sans frontières compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Abidjan, Bangkok, Montréal, Tokyo et Washington, et une centaine de correspondants dans le monde.
Régis Bourgeat
Despacho Américas / Americas desk
Reporters sans frontières
tél. : +33 (0) 1 44 83 84 57
fax : +33 (0) 1 45 23 11 51
e-mail : ameriques@rsf.org / americas@rsf.org

**************************


 

SUITE DES COMMUNIQUES :

*************************

ORGANISATION DU PEUPLE EN LUTTE (OPL)

COMMUNIQUE DE PRESSE L'OPL inquiète pour la vie de ses dirigeants, notamment de son négociateur principal : Paul Denis.
La Coordination Nationale de l'OPL est alarmée par les informations fiables et de sources diverses qui lui parviennent depuis tantot deux semaines. Elles font état de la planification dans les plus hautes sphères du pouvoir de l'enlèvement et de l'assassinat de Paul Denis, négociateur principal et membre du Comité Exécutif National de l'OPL. Des signes particulièrement inquiétants sont d'ailleurs manifestes dans les parages de sa résidence à Port-au-Prince.
Dans le contexte d'insécurité générale, d'impunité caractérisée, de kidnapping, d'assassinats politiques, la Coordination Nationale de l'OPL informe l'opinion publique de ces man?uvres criminelles du pouvoir de facto. Elle en appelle à la vigilance de tous les militants et à l'attention de tous les secteurs de la vie nationale pour protéger la vie de ses dirigeants. Elle considère, d'ores et déjà, le Pouvoir Lavalas et ses principaux organes comme directement Responsables de tout ce qui pourrait advenir contre la vie d'un dirigeant de l'Organisation et de Paul Denis plus précisément.
Port-au-Prince, le 9 janvier 2002
Pour la Coordination de l'OPL,
Edgar LEBLANC fils
Gérard PIERRE-CHARLES
Coordonateur Général
***************************

RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE DE LA DÉMOCRATIE EN HAITI

le samedi 9 Février 2002,
à partir de 17 heures
au 120 Rue Lafayette- 75010 Paris.

De graves évènements sont venus une fois de plus meurtrir notre pays. Un soi-disant "coup d'état" survenu le 17 Décembre 2001, a servi de prétexte pour parachever l'oeuvre de destruction des forces démocratiques entreprise par les lavalasiens.
Depuis la mise en place, à la suite d'élections fortement contestées pour ne pas dire "frauduleuses" du gouvernement d'Aristide, les meurtres succèdent aux meurtres. De nombreux militants d'organisations démocratiques, des journalistes, des personnalités, de simples citoyens, ont été et sont presque quotidiennement victimes de groupes se réclamant de "fanmi-lavalas".
La terreur règne. De nombreux démocrates menacés se cachent comme au temps de la dictature des duvaliers. D'autres ont dû fuir. La presse est mise hors d'état de fonctionner normalement. De nombreux locaux d'organisations et des habitations particulières ont été incendiés. Le pouvoir veut à tout prix museler l'opposition. Les méthodes fascistes bafouent la Constitution. C'est une nouvelle dictature qui se met en place, aux vues et aux sus de l'Occident démocratique.
Il apparaît de plus en plus évident que les violences ciblées contre les organisations démocratiques (d'une telle ampleur et tellement bien orchestrées, en quelques heures, sur l'ensemble du territoire national) ne peuvent pas être considérées comme le fait d'une simple tentative de coup d'état initié par un petit groupe d'hommes ayant tenté de s'emparer du Palais national.
Il serait ridicule de penser qu'une poignée d'individus auraient pu avoir la prétention de se saisir du pouvoir avec des moyens aussi dérisoires. Tout donne à penser qu'ils ont été manipulés. Comment d'ailleurs leurs voitures auraient-elles pu pénétrer aussi facilement dans l'enceinte du bâtiment ? Où sont actuellement ces hommes ? D'après les dépêches, ils se seraient, à l'exception d'un seul, évaporés dans la nature.
L'appel au calme et les déclarations des membres du gouvernement, faites (sans aucune forme d'indignation authentique) contre les meurtres perpétrés et les actes de sauvagerie des incendiaires, apparaît comme inscrits dans un scénario tentant de dégager la responsabilité des dirigeants haïtiens.
On voudrait nous faire croire que les organisations démocratiques et leurs principaux dirigeants sont en fait les instigateurs de cette soi-disant tentative de coup d'état. Quelle est la responsabilité du chef de l'Etat, Jean Bertrand Aristide, qui a prôné dernièrement la théorie de la "TOLERANCE ZERO" aussitôt suivie de meurtres de militants d'organisations démocratiques, d'assassinats de journalistes tel Brignol LINDOR. Rappelons aussi le meurtre de Jean Dominique, dont on sait qu'il a été commis par des hommes de mains gravitant autour du Pouvoir.
Si le gouvernement a pu avec autant de facilité maîtriser les "assaillants" du Palais national, comment n'a-t-il pas pu intervenir pour protéger tant de bâtiments odieusement saccagés et les habitations de nombreux responsables d'organisations démocratiques, reconnues comme telles sur le plan international?
Le centre de recherche CRESFED, riche de documentation sur la Caraïbe et l'Amérique Latine, a été pillé et incendié, ainsi que l'Institut Français d'Haïti.
Yvon Neptune, Président du Sénat et Porte-parole de "Fanmi-Lavalas" a déclaré après ces odieux attentats: "Le Peuple a bien choisi ses cibles"...
Ceux qui ont brûlé les sièges des Partis Politiques ont manifesté à Port-au-Prince pour réclamer au pouvoir le paiement de leurs actions, montrant ainsi clairement l'implication du gouvernement auquel ils se sont adressé. Il ne faut pas oublier que depuis le triomphe en mai 2000 du parti d'Aristide, la Famille Lavalas, aux législatives et aux municipales, est en proie à l'instabilité politique. Les partis de la Convergence ont dénoncé les scrutins et de nombreux donateurs, dont les Etats-Unis et l'Union européenne ont gelé leur aide économique. Un ressentiment anti-Aristide commence également à naître au sein de son propre parti.
Il faut que le pouvoir "mal-élu" accepte d'accomplir les engagements qu'il a pris devant les instances internationales (entre autres de refaire des élections honnêtes) et qui non tenues nous valent la suppression de l'aide des Etats-Unis et de l'Union Européenne.
Quelle belle occasion pour notre "Président", d'apparaître (à travers, ce que nous appellerons une "provocation" savamment orchestrée), comme celui qui tient bien tout en main et qui appelle mielleusement au calme et aux valeurs démocratiques.
Nous dénonçons avec fermeté ces manoeuvres qui ruinent la cause de la démocratie en Haïti. Nous appelons tous ceux et celles qui font leur la cause des Droits de l'Homme, à faire échec à cette neo-dictature qui s'implante de plus en plus ouvertement dans le pays. Halte aux mensonges et aux déclarations onctueuses.
Nous appelons tous les démocrates haïtiens séjournant en France, ainsi que leurs amis français et autres, à participer au

RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE DE LA DÉMOCRATIE DANS NOTRE PAYS

le samedi 9 Février 2002,
à partir de 17 heures
au 120 Rue Lafayette- 75010 Paris.

Gérald BLONCOURT (Président de l'Association Pour la Défense des Droits de l'Homme et de la Démocratie en Haïti et dans le Monde, plus connue comme "COMITE POUR JUGER DUVALIER)-
Jean Marc NUMA (Président-Adjoint du Comité pour Juger Duvalier)
Alemy ILOFILS (Secrétaire du Comité pour Juger Duvalier)
Florence GAUTHIER (Trésorière du Comité pour Juger Duvalier)
Léon AUGUSTE (du Bureau du Comité pour Juger Duvalier)
Yves BENOT (du Bureau du Comité pour Juger Duvalier)
Paul Baron (de l'Association Pour Haïti)
Elliott ROY (de l'Association Pour Haïti)
Wilfrid READ (de l'Association Pour Haïti)

Nous attendons d'autres signatures...

****************************
Nous avons reçu ce texte de M. Gaillard et dans l'esprit de notre site ouvert au débat, nous vous le soumettons.

 

A travers une Convergence "largement large" Sauver Haïti de l'anarchie et de l'intolérable
Micha Gaillard


Pour Brignol, Ben, Jessie, Suzie, Gérard, Luc et les autres qui ont donné leur vie et leurs biens pour notre cause.
L'anarchie " macoutique " est dans nos murs.
Scénarios piteux, incendies, crimes, vols, rackets, intimidation, persécutions, corruption, escroqueries, prévarication, forfaitures, franchises douanières et passe-droits jusqu'ici jamais vu dans notre histoire, sont devenus monnaie courante et constituent la marque de fabrique, les normes de référence de la pratique du régime lavalassien. Le tout imposé par la violence, exercée soit de manière formelle -à travers une partie de la Police Nationale-, soit de manière informelle, le job de répression étatique est sous-traité aux " milices armées " abusivement désignées sous le vocable de " groupe populaire ". Après les partis politiques, après les secteurs organisés de la société civile, après les journalistes, aujourd'hui c'est l'ensemble de la population qui devient la proie des nouveaux macoutes, les lavalassiens d'à présent. L'appel au mot d'ordre " zéro tolérance " lancé par le chef de l'Etat " de facto " ne concerne plus dorénavant seulement les criminels, les hommes et femmes politiques de l'opposition et les journalistes indépendants, mais s'étend également à n'importe quel Haïtien et Haïtienne. Personne n'est épargnée. Nou tout ka pran !
Flash-back : de la violence politique à la violence tout court Pour s'accaparer de l'ensemble des sièges électoraux -de la présidence aux délégués de ville en passant par le parlement et les mairies- et par voie de conséquence, à presque tous les coins et recoins de l'Administration publique, Lavalas a systématiquement, durant l'année électorale 2000, utilisé la violence, la corruption et le vol pour atteindre son vil objectif. A l'époque, cette pratique " macoutique " visait essentiellement à écarter les opposants politiques de toute responsabilité d'Etat. Hormis la violation exercée sur son droit de vote, la population était épargnée de ces exactions.
On aurait pu croire que cette forme anachronique de conquête de pouvoir une fois achevée, Lavalas, pour s'attirer la sympathie du peuple, aurait un comportement différent. Malheureusement, la méthode expérimentée lors du coup d'Etat électoral s'applique aujourd'hui dans la gestion quotidienne des affaires de la cité. L'insupportable atteint ses limites. Un effort collectif d'ordre quantitatif et qualitatif s'impose afin de sauver Haïti de l'anarchie et de l'intolérable.
Au-delà du rôle joué par la Convergence Démocratique Quelles que soient les reproches, les critiques qui peuvent être adressées à la Convergence Démocratique -certaines d'entre elles sont justifiées- il n'en demeure pas moins que ce regroupement de partis et d'organisations politiques a permis de freiner Lavalas dans la réalisation de son entreprise démoniaque.
Alors que bon nombre d'entre nous -je parle des leaders d'opinion- s'en remettait au destin, après le 21 mai 2000, le Front du refus que représente la Convergence Démocratique a dans sa lutte opiniâtre, tenu ferme la barre. Il a ainsi permis de " déshabiller Lavalas ", de démasquer Jean-Bertrand Aristide aux yeux de l'opinion publique nationale et internationale, de montrer crûment ce qui se cachait derrière les mielleuses paroles de ce dernier (entre autres, " 2001 ap bon "). Les négociations ont été utiles pour mettre Lavalas à nu.
Durant ces seize (16) derniers mois, les actions de la Convergence Démocratique et d'autres secteurs de l'opposition politique, sans oublier les nombreux groupes de la société ont permis non seulement d'ouvrir les yeux des uns et des autres sur les intentions cachées et les pratiques macoutiques lavalassiènnes (celles énoncées au début de l'article) mais également d'aiguiser les contradictions au sein de Lavalas pour affaiblir ce régime arbitraire.
Aujourd'hui, il devient impératif de rassembler, dans une plate-forme politique la plus large possible tous ceux qui veulent empêcher Lavalas de mener le pays vers l'anarchie et de ranger définitivement Haïti dans la sphère des pays considérés comme "entités chaotiques ingouvernables ".
Pour une large Plate-Forme des forces démocratiques La Convergence Démocratique et les autres oppositions organisées ou individuelles ont l'obligation de déchiffrer les exigences de la conjoncture actuelle afin d'y faire face intelligemment.
Sans rien soustraire au travail important de la Convergence Démocratique il est indispensable et urgent de mettre sur pied un autre espace de concertation plus large; lequel outil regrouperait l'ensemble des acteurs politiques et civiques qui disent " ça suffit ". Cet espace commun permettra de structurer et de canaliser ce large mouvement " du peuple revendicatif " en gestation qui, pour prendre sa vitesse de croisière, exige une direction concertée.
Les modalités de création et de fonctionnement de cette plate-forme de concertation ainsi que ses objectifs spécifiques seront étudiés par les intéressés eux-mêmes. Plus que de dénoncer le macoutisme nouvelle formule qui s'édifie de plus en plus, il nous faut organiser, en réseau, nos différentes " bases " pour retirer Haïti de l'anarchie périlleuse dans laquelle s'est volontairement installé Lavalas ... et pour préparer l'avenir ... Construisons notre pouvoir de convocation, d'organisation et, dès à présent préparons-nous à la gestion des affaires de l'Etat. Bienvenue dans ce Projet démocratique aux compatriotes de Lavalas qui rejettent les pratiques actuelles du gouvernement.
Composition de la Plate-forme des forces politiques L'heure n'est pas au sectarisme. L'auteur de cet essai estime nécessaire de rassembler, dans un moyen et long terme, les forces politiques nationales en trois ou quatre grands partis. Pourquoi, en effet, ne pas restructurer la classe politique haïtienne en partis social-démocrate, démocrate-chrétien, libéral ou autre ? Je suis personnellement engagé dans la création d'un mouvement social-démocrate unitaire. Mais la conjoncture exige, aujourd'hui, autre chose. Elle nous interpelle, au-delà des clivages politico-idéologiques des groupes politiques et de chaque citoyen. Ne l'oublions jamais : Il faut sauver Haïti de l'anarchie et de l'intolérable.
La Convergence n'a pas le monopole exclusif de la mobilisation pour la démocratie et contre l'anarchie lavalassienne. En conséquence, la Convergence, doit en compagnie du FRONTCIPH, du PDCH, du MRN, de l'Alternative pour le Changement, de l'ADEBA, des Forces Morales, du KOREGA, du PNDPH ..., se mettre en réseau avec les groupes civiques qui, aux quatre coins du pays, ont un pied sur le volet politique (je pense, entre autres, au Mouvement paysan dirigé par M. Chavannes Jean-Baptiste, le MPNKP, voire même Koze pèp). Ceci est d'autant plus important que beaucoup d'organisations qui se mobilisent actuellement sur le terrain veulent être structurellement liées à l'un ou l'autre des oppositions pour, ensemble, agir efficacement.
Des personnalités politiques ou qui pour l'occasion le deviennent, je pense à d'ancien Premier ministre, d'anciens ministres connus pour leur engagement dans les droits humains ou d'historien - journaliste célèbre pour ne citer que ceux-là, pourraient jouer leur partition spécifique. Imagination, créativité et détermination
Il nous faut faire preuve d'imagination et de créativité. Qui aurait cru que la Convergence Démocratique aurait pu être mise sur pied et délivrer une marchandise du fait de sa composition si disparate ? Elle a démontré sa capacité de gérer ses contradictions internes. Il faut, à présent, monter la barre plus haut et dupliquer cette expérience dans le cadre d'une plate-forme plus large. Certains parmi les miens estiment, à juste titre, de rependre la formule de Chavannes Jean-Baptiste et travailler à monter une Convergence Démocratique Nationale et Populaire. Avec la volonté et l'esprit patriotique ...
Par ailleurs, c'est également sujet au débat, il faudrait, à la différence de l'après 86, laisser les secteurs de la société civile non partisans (Eglises, syndicats, secteur privé, droits de l'homme, groupes de femmes, en particulier) en dehors de cette initiative à caractère typiquement politique. A titre individuel des citoyens de ces institutions pourraient apporter leur contribution. A ces groupes non partisans d'identifier les meilleures formules de lutte pour la même cause (bloquer l'anarcho-macoutisme) et selon leur spécificité. L'articulation de ce secteur " non partisan " avec le mouvement démocratique politique pourrait se faire au coup par coup selon les formules les mieux appropriées.
Préparer l'Alternative
Trop de voix responsables s'élèvent, pour ne pas en tenir compte, et disent que l'opposition ne propose aucune alternative sérieuse de r

emplacement de Lavalas, en terme d'équipe et de programme. Ceci, selon elles, ne favorise pas la mobilisation. C'est une opinion. En conséquence, préparons cette Alternative, une alternative qui se construit en concertation autour, comme je l'avais déjà écrit " d'un Projet de société basé sur les problèmes quotidiens des citoyennes et des citoyens et pour une autre Haïti ; une alternative qui doit se construire autour d'un Programme, conçu collectivement avec les différents acteurs sociaux, sans exclusif aucun, programme qui donnera des réponses non démagogiques tant au niveau macro-économique qu'au niveau des urgences sociales (sécurité, justice, sécurité alimentaire, éducation universelle et santé pour tous ...), le tout à mettre en oeuvre dans une gestion (de nos jours on parle de "gouvernance") moderne ".
Le travail de mise en place de cette plate-forme démocratique est colossal. Ne devrait-on pas penser, dans la préparation de cet espace de coordination, à convoquer -quand les conditions s'y prêteront- les Etats Généraux de la Nation sur un agenda précis : (1) Quelle mobilisation, (2) comment gouverner ce pays et (3) quelle contribution des pays amis d'Haïti, en particulier la mise en place d'une force internationale d'interposition pour protéger la population des milices armées ? Ne déléguez pas vos responsabilités à d'autres. Bonne besogne et bonne année 2002.
Micha Gaillard
Port-au-Prince, le 20 décembre 2001
michagaillard_12@yahoo.com

_______________
Titre de l'article de M. Smarck Michel, voir Le Nouvelliste du 19 novembre 2001
Voir du même auteur " Sans illusion ... ", écrit le 9 septembre 2001.


 

 

MOTION DU 9 FEVRIER 2002

 

Les participants au RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE DE LA DEMOCRATIE, DES DROITS HUMAINS ET DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EN HAITI, réunis ce jour Samedi 9 Février 2002, au 120 Rue Lafayette à Paris, ont voté la motion suivante :
Nous dénonçons les violences à l'encontre des démocrates haïtiens qui ont eu lieu le 17 Décembre dernier, particulièrement contre des journalistes et des personnalités politiques. Nous condamnons les incendiaires qui ont détruit le CRESFED, l'Institut Français d'Haïti, de nombreuses habitations particulières d'opposants au régime d'Aristide, ainsi que des locaux d'organisations politique et syndicale.
Nous dénonçons avec fermeté les meurtres odieux des journalistes Jean Dominique et Brignol Lindor.
Nous appuyons le rapport de "REPORTERS SANS FRONTIERE" dénonçant et condamnant les actions menées contre la Liberté de la Presse en Haïti. Nous aussi réclamons des sanctions contre les personnalités du gouvernement haïtien impliquées dans cette politique de violation des Droits de l'Homme.
Cette motion sera remise aux différents groupes du Parlement Français, aux Responsables du Quai d'Orsay, à l'Ambassadeur d'Haïti en France ainsi qu'à l'Union Européenne, à l'OEA et à l'ONU.
Elle sera également envoyée au Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique par l'intermédiaire de leur Ambassadeur à Paris.
Nous demandons à toutes ces instances de condamner le gouvernement haïtien, et de prendre les mesures qui s'imposent pour que de tels actes ne soient plus jamais commis.
Cette motion a été votée démocratiquement par l'Assemblée et adoptée à l'unanimité.
Paris le 9 Février 2002
Signatures des responsables du Rassemblement :
Gérald BLONCOURT (Président de l'Association Pour la Défense des Droits de l'Homme et de la Démocratie en Haïti et dans le Monde, plus connue comme "COMITE POUR JUGER DUVALIER) -
Jean Marc NUMA (Président Adjoint du Comité pour Juger Duvalier)
Alemy ILOFILS (Secrétaire du Comité pour Juger Duvalier)
Florence GAUTHIER (Trésorière du Comité pour Juger Duvalier)
Léon AUGUSTE (du Bureau du Comité pour Juger Duvalier)
Yves BENOT (du Bureau du Comité pour Juger Duvalier)
Paul Baron (de l'Association Pour Haïti)
Eliot ROY (de l'Association Pour Haïti)
Wilfrid READ (de l'Association Pour Haïti)

 

INTERVENTION DE GÉRALD BLONCOURT

RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE
DE LA DEMOCRATIE,
DES DROITS HUMAINS
ET DE LA LIBERTE DE LA PRESSE
EN HAITI

Samedi 9 Février 2002
120 rue Lafayette Paris


Honneur et respect,

Bonsoir Mesdames, bonsoir Messieurs, bonsoir les enfants, puisque j'en aperçois quelques-uns parmi nous.
Mwen tèlman gen emosyon que, a swè a, m' ta renmen pale kreol, ki lang zantray mwen, ki lang natif-natal nèg Bainet, kote m' fèt.
Paske jou jodi sa, se you gwan mòman pou pèp dayiti. Se you mòman solidarite, you moman pou nou tout rélé kont sa kap pase lakay nou.
Se you mòman kote le mond antie dwe konen ke ayisyen ki chita en France pa dakò ak asasina, ak dife kap boule l'enstitu franse, kap boule Kresfèd, kap boule kay moun ki pa d'akò ak gouvènman a. Kap maspinen jounalist.
Kap boule konfyans nan la Demokrasi, kap boule menm l'espoa ke pèp la te genyen nan la libète leu Divalie te fout dechouke!
Men, kom gen ampil moun isit la ki pa kon pale kreol, map blige pale an franse pou tout moun kà tandem'.
Je traduis :
Ce soir, je me sens tellement ému, que j'aurais voulu parler créole, la langue de mes entrailles, ma langue maternelle, ma langue de natif-natal de Bainet, petit village aux abords de Jacmel.;
Parce que aujourd'hui est un grand moment pour le peuple haïtien. C'est un moment de Solidarité, un moment pour hurler contre ce qui se passe chez nous.
C'est un moment où les haïtiens demeurant en France doivent faire savoir qu'ils ne sont pas d'accord avec les assassinats, avec les incendiaires et les pilleurs qui ont saccagé en autre, l'Institut Français, ainsi que le Cresfed. Ils ne sont pas non plus d'accord avec ceux qui ont brûlé des demeures d'opposants au gouvernement. Avec ceux qui persécutent les journalistes.
Qu'ils ne sont pas d'accord avec ceux qui brûle aussi la confiance en la Démocratie, l'espoir en la Liberté, qu'avait tout notre peuple après le déchoukage de Duvalier !
Mais comme ce soir, ici, beaucoup ne parle pas notre langue, je vais reprendre en français le texte de mon intervention.
Sans trop de remord, puisqu'il ne faut pas oublier que le parler français est aussi, avec le créole, une de nos langues officielles.
Je poursuis :
De graves évènements sont venus une fois de plus meurtrir notre pays. Un soi-disant "coup d'état" survenu le 17 Décembre 2001, a servi de prétexte pour parachever l'oeuvre de destruction des forces démocratiques entreprise par les lavalasiens.
Depuis la mise en place, à la suite d'élections fortement contestées pour ne pas dire "frauduleuses", les meurtres succèdent aux meurtres. De nombreux militants d'organisations démocratiques, des journalistes, des personnalités, de simples citoyens, ont été et sont presque quotidiennement victimes de groupes se réclamant de "fanmi-lavalas".
La terreur règne. De nombreux démocrates menacés se cachent comme au temps de la dictature des duvalier. D'autres ont dû fuir. La presse est mise hors d'état de fonctionner normalement. De nombreux locaux d'organisations et des habitations particulières ont été incendiés. Le pouvoir veut à tout prix museler l'opposition. Les méthodes fascistes bafouent la Constitution. C'est une nouvelle dictature qui se met en place, aux vues et aux sus de l'Occident démocratique.
Il apparaît de plus en plus évident que les violences ciblées contre les organisations démocratiques (d'une telle ampleur et tellement bien orchestrées, en quelques heures, sur l'ensemble du territoire national) ne peuvent pas être considérées comme le fait d'une simple tentative de coup d'état, initié par un petit groupe d'hommes ayant tenté de s'emparer du Palais national.
Il serait ridicule de penser qu'une poignée d'individus auraient pu avoir la prétention de se saisir du pouvoir avec des moyens aussi dérisoires. Tout donne à penser qu'ils ont été manipulés. Comment d'ailleurs leurs voitures auraient-elles pu pénétrer aussi facilement dans l'enceinte du bâtiment ? Où sont actuellement ces hommes ? D'après les dépêches, ils se seraient, à l'exception d'un seul, évaporés dans la nature.
L'appel au calme et les déclarations des membres du gouvernement, faites (sans aucune forme d'indignation authentique) contre les meurtres perpétrés et les actes de sauvagerie des incendiaires, apparaît comme inscrits dans un scénario tentant de dégager la responsabilité des dirigeants haïtiens.
Yvon Neptune, Président du Sénat et Porte-parole de "Fanmi-Lavalas" a déclaré après ces odieux attentats: "Le Peuple a bien choisi ses cibles"...
Ceux qui ont brûlé les sièges des Partis Politiques ont manifesté à Port-au-Prince pour réclamer au pouvoir le paiement de leurs actions, montrant ainsi clairement l'implication du gouvernement auquel ils se sont adressé.
On voudrait nous faire croire que les organisations démocratiques et leurs principaux dirigeants sont en fait les instigateurs de cette soi-disant tentative de coup d'état. Quelle est la responsabilité du chef de l'Etat, Jean Bertrand Aristide, qui a prôné dernièrement la théorie de la "TOLERANCE ZERO" aussitôt suivie de meurtres de militants d'organisations démocratiques, d'assassinats de journalistes tel Brignol LINDOR.
Rappelons aussi le meurtre de Jean Dominique, un de nos plus grand et plus connu journaliste, dont on sait qu'il a été commis par des hommes de mains gravitant autour du Pouvoir.
Si le gouvernement a pu avec autant de facilité maîtriser les "assaillants" du Palais national, comment n'a-t-il pas pu intervenir pour protéger tant de bâtiments odieusement saccagés et les habitations de nombreux responsables d'organisations démocratiques, reconnues comme telles sur le plan international?
Le centre de recherche CRESFED, riche de documentation sur la Caraïbe et l'Amérique Latine, a été pillé et incendié, ainsi que l'Institut Français d'Haïti.
Il ne faut pas oublier que depuis le "triomphe" en mai 2000 du parti d'Aristide, la Famille Lavalas, aux législatives et aux municipales, est en proie à l'instabilité politique. Les partis de la Convergence ont dénoncé les scrutins et de nombreux donateurs, dont les Etats-Unis et l'Union européenne ont, sur cette base, gelé leur aide économique. Un ressentiment anti-Aristide commence également à naître au sein de son propre parti. Le pouvoir est secoué par une série de scandales.
La corruption éclate à tous les niveaux. En voici quelques exemples : Le Premier Ministre mêlé à des détournements de fond et au scandale du riz, a du démissionner. Plus de 117 millions détournés du fisc, pour aller dans les poches de personnages gravitant autour du pouvoir. Un jeune député proche de ce premier ministre démissionnaire a d'ailleurs accusé certain sénateurs de s'en prendre au premier ministre pour l'obstention de quota de riz importé. En somme, le véritable panier de crabes.
Un avis, affiché dans les banques à Port-au-Prince indique : "Tout transfert d'argent vers Western Union à destination de la Colombie ne doit pas dépasser les 1.100 dollars par personne et par jour".
Il y a-t-il une forte communauté haïtienne en Colombie ? Quel est le niveau du flux commercial entre la Colombie et Haïti ? C'est vraiment se moquer du monde.
En Octobre dernier, l'économiste haïtien Camille Chalmers indiquait que sur 50 tonnes de cocaïne qui aurait transité par Haïti durant les deux dernières années, seulement une demie tonne aurait été saisie. Qui s'enrichit ainsi sur le dos du peuple ? Tous ces gens compromis dans ces scandales sont en fait quelque part détenteur d'un pouvoir dans les organisme de l'Etat.
La liste n'est pas clause, et nous en aurions pour plusieures heures à tout énumérer.

*
* *


Il faut que le pouvoir accepte d'accomplir les engagements qu'il a pris devant les instances internationales (entre autres de refaire des élections honnêtes) et qui, non tenus, nous valent la suppression de l'aide des Etats-Unis et de l'Union Européenne.
Quelle belle occasion pour notre "Président", d'apparaître (à travers, ce que nous appellerons une "provocation" savamment orchestrée), comme celui qui tient bien tout en main et qui s'offre la possibilité d'appeller mielleusement au calme et aux valeurs démocratiques.
Nous dénonçons avec fermeté ces manoeuvres qui ruinent la cause de la démocratie en Haïti. Nous appelons tous ceux et celles qui font leur la cause des Droits de l'Homme, à faire échec à cette neo-dictature qui s'implante de plus en plus ouvertement dans le pays. Halte aux mensonges et aux déclarations onctueuses.

*
* *


Voilà brièvement résumées les sévères atteintes à la Démocratie en Haïti.
Pour garder à tout prix le pouvoir, le gouvernement veut réduire et museler ceux, qui par leurs enquêtes et leurs articles, dévoilent les dessous de ces opérations sordides. Tout a été mis en oeuvre pour bâillonner la Presse.
J'ai sous les yeux la liste des journalistes assassinés, menacés, ou qui ont du fuir le pays. Ils sont au nombre de 43 !!!! C'est énorme pour un petit pays !
Je salue ici la mémoire de Jean Dominique assassiné et dont le suspect N°1 de ce meurtre est toujours en fonction dans le gouvernement. Le juge qui suivait cette affaire, a dû s'exiler aux Etats-Unis, et le Président Aristide refuse de reconduire son mandat.
Tout est mis en oeuvre pour faire obstacle à la Justice.
Le journaliste Brignol Lindor lui, a été découpé à la machette. Un responsable du gouvernement, auquel on reprochait les attaques contre la Presse, a déclaré qu'on s'en était pris à lui non pas parce qu'il était journaliste, mais parce qu'il était membre d'un Parti de l'Opposition ! Acceptant donc, aussi cyniquement, l'idée même de son assassinat !
Sont présents ce soir, parmi nous, trois des journalistes qui ont dû fuir le pays et qui demandent l'asile politique au gouvernement français. Je vous prie de les saluer pour leur courage. Je vous demande en outre, de les entourer de votre solidarité.

*
* *.


Dans un rapport extrêmement précis, détaillé, vérifié et documenté, le Secrétaire Général de "Reporters sans frontière" , Monsieur Ménard, qui s'est déplace en Haïti même, accuse, preuve à l'appui, 24 personnalité du gouvernement, dont Monsieur Aristide lui-même.
Il réclame contre eux des sanctions.
Nous aussi réclamons que ces personnes répondent de leurs actes, devant la Communauté internationale, puisqu'en Haïti il est impossible de les traduire en justice.
Je considère, personnellement, que le travail de "Reporters sans frontière" est un acte historique qui marque un tournant dans la façon d'aborder les problèmes haïtiens. Finies ces tergiversations pseudo-diplomatiques des gouvernements occidentaux, dont la France en particulier, qui finalement n'ont fait qu'accroître le pouvoir des assassins de notre peuple.
Des organisations telle France-Liberté de Madame Mitterand feraient bien de s'en inspirer.

*
* *


Tout démontre qu'en Haïti les Droits Humains sont bafoués, la Démocratie foulée au pied et la Liberté de la Presse, un vain mot.
Mais nous ne sommes plus au temps où les Duvalier, maintenus au pouvoir au vu et au sus de l'Occident démocratique, et avec sa complicité, pouvait terroriser, abattre les résistants et s'enrichir à millions de dollars, en toute tranquillité.
Les temps ont changé.
Un vaste courant international coule en direction de plus d'humanisme. Les informations circulent plus aisément, et tant bien que mal les Démocraties progressent vers plus d'équité.
Les héritiers du Duvaliérisme qui sévissent dans notre pays ne peuvent plus oeuvrer en toute sérénité.
Non, la dictature larvée qui tente de s'établir en Haïti n'arrivera pas à ses fins !
Nous sommes tous là, démocrates du Monde entier, à suivre pas à pas leurs manoeuvres, à les dénoncer, à déjouer leurs plans.
Nous pouvons aider plus efficacement ceux-là de nos frères et de nos soeurs qui luttent dans le pays, au péril de leur vie. Avec eux nous pourrons rendre possibles les grandes aspirations de la glorieuse révolution de 1804, dont nous allons bientôt fêter le bicentenaire.
Avant de conclure je voudrais indiquer que la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens a sorti un rapport d'une extrême importance dont je vous citerais les titres des principaux chapitres
1- Liberté publiques : conquête menacées
2- Liberté d'expression : mise à mal
3- Entrave à la justice
4- Opération "Zéro tolérance" prônée par Aristide : porte ouverte au lynchage en plein jour.
5- La situation des défenseurs des droits humains : menacés et subissant des actes d'intimidation.
6- Sur le plan économique et sociale : constat désastreux
7- La corruption : scandales à tous les nivaux de l'Etat.
8- Dans le domaine de l'environnement : aucune politique. Intensification de la désertification.
Une grande organisation, Amnesty Internationale, qui mène un combat de tout instant pour les Droits Humains nous a fait parvenir la déclaration suivante:
"A l'occasion du Rassemblement du 9 Février 2002 "Pour la défense de la Démocratie, des droits de l'homme et de la liberté de la presse en Haïti" du Comité pour juger Duvalier, Amnesty International souligne la responsabilité du gouvernement en ce qui concerne l'avenir des droits humains en Haïti face à une série de défis sans précédent durant ces dernières années?
Amnesty International exhorte le gouvernement à prendre des mesures immédiates pour protéger les journalistes et les défenseurs des droits humains, à mener des enquêtes exhaustives sur toutes les menaces et les violences dont lis sont victimes, et à traduire en justice les responsables présumés. Des pressions politiques sont exercées sur la police et le pouvoir judiciaire ; ces institutions ne remplissent pas leur devoir de protection des droits des Haïtiens. Il est impératif que les autorités haïtiennes prouvent, par des actions concrètes, qu'elles sont réellement attachées au maintien des institutions indépendantes et de l'Etat de droit. L'enquête sur l'affaire Jean Dominique représente, en soi, un test crucial pour évaluer l'attachement d'Haïti aux principes relatifs aux droits humains.
Le président Aristide, les dirigeants des partis politiques, les élus ou les représentants de l'administration à tous les nivaux - qui appartiennent majoritairement à Fanmi-Lavalas doivent prendre, dans les plus brefs délais, des mesures pour stopper la détérioration de la situation des droits humains. Pour que ces mesures positives produisent un effet durable, le gouvernement haïtien doit clairement réaffirmer que les principes relatifs aux droits humains priment tout autre intérêt, en particulier en ce qui concerne le fonctionnement de la police et de la justice, ainsi que la protection des journalistes et des défenseurs des droits humains.
Les autorités haïtiennes doivent faire en sorte que les souffrances endurées sous la dictature militaire ne se reproduisent pas sous leur gouvernement. Les progrès accomplis en matière de droits humains ont coûté chers ; ils ne doivent pas être irrémédiablement perdu, conclut Amnesty International."

J'en profite pour saluer leur représentante, Madame Giraud, et vous demande de l'applaudir.

*
* *


Il y a encore beaucoup à dire. Mais je ne peux pas trop m'étendre.
Mon ami Jean-Marc Numa qui est notre Président Adjoint , saura, mieux que moi, dans son intervention, vous entretenir d'autres aspects qui fondent notre colère et décuplent notre volonté de tout mettre en oeuvre pour qu'Haïti retrouve les vraies valeurs humaines.

*
* *


Lorsque nous avons fondé notre Association pour la défense de la Démocratie et des Droits de l'Homme en Haïti et dans le Monde, plus connue sous l'appellation de "COMITE POUR JUGER DUVALIER" l'une des phrase du texte fondateur avait valeur de prémonition.
Nous disions, et je cite de mémoire, qu'il "fallait que Duvalier soit jugé, pour qu'il y ait valeur d'exemple afin d'arrêter le bras de ceux qui voudraient l'imiter".
Duvalier vous le savez est toujours en France et jouit paisiblement d'une partie de son immense fortune bâtie sur la misère de notre peuple... Il se rend, paraît-il, assez régulièrement en Normandie dans le haras d'une de ses amies. Mais les autorités françaises ignorent toujours où il se cache.... Hier, cela a fait 16 ans qu'il réside au Pays de la Liberté et des Droits de l'Homme. Il ne devait y rester que 8 jours, selon les déclarations embarrassées du Premier Ministre Français de l'époque. Et c'était pour arrêter un "bain de sang" ajoutait un autre grand dirigeant ... Je lui avais fait remarquer à l'époque que le "bain de sang" avait déjà eu lieu ... 60,000 victimes disent des sources autorisées .... Et le bain de sang a continué et se poursuit....
Ce qui se passe en Haïti maintenant, c'est que tous ces assassins ont repris du poil de la bête et occupent des postes importants dans l'Etat. Le Duvaliérisme n'a jamais été extirpé de notre société. Ce sont ses héritiers qui, pour l'instant, mènent le jeu.
En France, autrefois, on pouvait dire : Halte au fascisme ! Et les républicains clamaient haut et fort : "Le fascisme ne passera pas !"
À notre tour nous disons, avec nos amis qui luttent au pays : "Non ! Le macoutisme ne passera pas !"
Et avec le coeur encore serré en pensant au drame chilien, avec la même foi, nous crions aussi : "El Pueblo Unido, jamas sera vincido !"
Je rappelle cela, pour vous dire, ce soir, en toute confidence, que malgré le rappel de ces souvenirs à peine teinté de désespérance, jamais je n'abandonnerais ce peuple qui m'a vu naître. Cette Terre qui m'a donné le goût de vivre la tête haute. Cette patrie qui m'a inculqué le sens de la révolte contre les tyrannies et l'injustice....
Je vous appelle tous, haïtiens, français, latino-américains, à la solidarité avec ce peuple qui donna jour à la première grande victoire des esclaves et des affranchis, il y deux siècles. À ce peuple, qui a donné jour à d'immenses écrivains et à l'un deux dont j'ai juré de toujours rappeler la mémoire à chacune de mes interventions : Jacques Stephen Alexis.
Jacques la Colère comme nous le nommions, et qui tomba comme des milliers d'autres, connus et anonymes, dans cette terrible lutte que nous menons, quant à moi depuis 60 ans, contre notre fascisme haïtien.
Ensemble, défendons la Démocratie, les Droits Humains et la Liberté de la Presse en Haïti.
Jean-Claude Duvalier a dit un jour à des journaliste venus l'interviewer, avec le ton le plus méprisant et le plus condescendant qui soit, en parlant de moi : "Eh oui ! Il y a ce petit poète qui me harcèle ... "
Je me suis dit en préparant mon intervention de ce soir, qu'il faudrait qu'un de mes poèmes termine mon exposé. J'en ai eu très envie. Je vais donc vous dire un poème écrit à Port-au-Prince en 1986 dès la chute de la guignolesque et sanglante dictature de Baby Doc ...

JE HURLE A LA LUTTE

Je hurle à la lutte ô mon pays ma terre-natale Saline-cicatrice bidonvilles-crucifiés de l'aube aux nuits fétides chiens efflanqués affamés immondices désaffectées tôt ou tard dans l'obscurité mensongère cogne ma mémoire sur les tôles- ondulées aux vibrations d'orage bave ma rage de gangrène infectée odeurs puantes de caniveaux de mort prématurée d'enfants vides aux regards- remords lancinantes accusations d'un monde qui s'accouple avec l'Absurde villes-fantômes aux frontières de l'oubli mornes décharnés fièvres circulantes des tap-taps engrossés de détresses humaines d'ici de là-bas et d'ailleurs de Delmas défoncé sans autre cause que la folie meurtrière de cons hallucinés Carrefour Bizoton crevant sous la griffure empoisonnée d'une faim coriace permanente misère-vampire terreur des ruelles sans eau au goût de boue d'incertitudes gourdes aux lois du dollars piastres noires de crasse mains tendues et mendiantes au ventre plein d'un enfant à naître gousse d'ail des yeux implorant une aumône crevant l'incroyable l'insoutenable douleur de mon être angoissé toute ma rage ma colère se gorge de sève d'injustice vérole pour abattre la dysenterie des consciences ô mon pays d'azur palmes mornes écorces et racines mon doux pays d'amour mer bleue de tambour et d'espace pourquoi l'univers carcérales brûle-t-il tes vertus cancer d'injustice concert de détresse comment ne pas rugir et se battre ô mon peuple affamé pilé comme maïs pillé spolié écrasé torturé je donne mon baiser aux luttes populaires au Parti Soleil de Roumain d'Alexis de tous ceux aujourd'hui debout de tous ceux aujourd'hui mes frères aube certitude du matin à venir pour enrayer la mort je hurle à la nuit aux luttes décisives rassemblant la meute de tous les combattants je possède la force des convictions profondes et raisonnables je connais les sentiers raccourcis qui mènent du Bassin-Bleu de mes rêves à l'eau de pluie l'eau des puits et des fontaines l'eau pour boire l'eau goutte de rosée à l'eau claire de notre délivrance oui je connais les résonances ultimes et sourdes de mon peuple je connais les cachettes de ses espoirs les marelles de son enfance et les lagos agiles aux quatre coins de ses points cardinaux oui je sais les palmiers et les lianes je sais le pois-congo et le diriz-diondion les marigots et les ravines les cirouelles et le choux- palmiste je connais les rigoles et les lampes à pétrole je connais l'odeur chaudes des cassaves le piment-doux du rire l'akassan du matin je connais d'étranges filles dont les mots allumés vont porter nos demains oui je sais tous les miens médecins peintres et chômeurs qui ont bâti au coeur de tous les bayahondes notre espoir commun je hurle à l'émeute de nos âmes je hurle à la découverte du bonheur je hurle à mort l'injustice je hurle pour le pain la liberté les généreux possibles je hurle enfin et toujours à la lutte pour récolter l'amour.

Port-au-Prince- Décembre 1986
Merci de m'avoir écouté. Kenbe fèm ! Pa lage !

Gérald BLONCOURT


LIENS DES PAGES :

 

Page 1 - HAITIJUSTICE - IL FAUT JUGER DUVALIER

 

Page 2 - L'EPOUVANTABLE_DICTATURE_DES_DUVALIER   

 

Page 3 - http://haitijustice.over-blog.com/pages/Page_3_ASSASSINS_-6246045.html

 

Page 4 - Temoignages_de_Marc_Romulus--6247978.html

 

Page 5 - LISTE DE QUELQUES-UNES DES VICTIMES...

 

Page 6 - Des images qui témoignent de l'enfer

 

Page 7 - Des monstres ... et des livres

 

Page 9 - LETTRES OUVERTES AU PRÉSIDENT

 

Page 10 - LE SCANDALE CONTINUE !...

 

Page 11 - La lutte continue....

 

Page 12 - INFORMATIONS_AUTOUR_DE_LA_PRESIDENCE_DE_MICHEL_MARTELLY 

 

Page 13 -Comité contre l ’impunité et pour la justice en Haïti C C I P J H

 

 

 

Page 14 - AMNESTY INTERNATIONAL

 


 


 

Partager cette page
Repost0